à propos des images

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le troisième rêve de l’ours

En 1958, dans le septième voyage de Sindbad, réalisé par Nathan Juran avec des effets spéciaux de Ray Harryhausen, le Génie de la Lampe dresse un mur invisible devant le Cyclope qui poursuit Sindbad. Le Cyclope se cogne contre le mur. Malgré les coups et sa fureur il ne peut le franchir. Sindbad est sauf, nous aussi. Le mur invisible se confond avec l’écran de la salle de cinéma. L’écran a arrêté le Cyclope, il ne peut tomber dans la salle et nous dévorer. Les images font ça, elles nous montrent les monstres et nous en protègent. La surface retient la profondeur.

Les images narratives font encore beaucoup plus. Elles découvrent des histoires que seules les formes peuvent inventer. Certaines images fixes racontent ainsi de très longues histoires qui vont bien au-delà de ce qu’elles nous montrent, avant et après. En laissant les formes s’organiser, il se passe des choses qu’aucun scénario ne pourrait imaginer. Les images savent des choses que les mots ignorent. Les formes déterminent les histoires. Et ces histoires sont immenses, précises et pleines de trous, elles se croisent plus loin, elles ne s’arrêtent jamais.

Pierre Clément